“C’est un jour de début d’été ordinaire, un jour où Blériot, qui n’attend rien ni personne, est en train de calculer en mangeant ses crudités l’heure à laquelle il arrivera en vue des contreforts des Cévennes quand l’indicatif musical de son portable – ça ressenble aux trompettes de la destinée – retentit à nouveau dans le vide de l’après-midi”.
Pourquoi l’Internet n’a-t-il pas changé la politique ?
•octobre 9, 2010 • Laisser un commentaireDominique Cardon, sociologue au laboratoire des usages SENSE d’Orange Labs, et auteur du livre “La Démocratie Internet“.
Hubert Guillaud – Le Monde
“Le coeur du livre repose sur une analyse de l’élargissement de l’espace public par internet, un élargissement qui peut aussi se lire comme un processus de démocratisation. Mon argument est que pour accueillir de nouveaux locuteurs, il a fallu en même temps enlever les barrières qui bloquaient l’accès à la parole publique et autoriser des manières de prendre la parole plus subjectives, plus personnelles et plus privées. Internet pousse les murs de l’espace public, tout en enlevant le plancher !”
“Il suffit de procéder à cette inversion pour libérer les subjectivités et faire émerger des formes d’expression moins savantes comme la conversation, le bavardage, l’ironie, qui une fois rendues publics permettent de nouvelles formes de mises en relation, de plaisir, de mobilisation… Internet augmente le nombre de locuteurs dans l’espace public, en abaissant les contraintes traditionnelles qui étaient par exemple de donner son nom, de ne pas être péremptoire, de respecter l’autre dans un débat… On n’entre plus nécessairement dans l’espace public en empruntant les habits du citoyen dévoué à l’intérêt général, mais de façon plus subjective, avec des intérêts locaux, une voix singulière et des propos un peu froissés.”
Ryoji Ikeda Installation : Paris Nuit Blanche
•septembre 7, 2009 • Laisser un commentaireLe multitude
Flaubert: “Mme Bovary, c’est moi.”
•mai 28, 2009 • Laisser un commentaireL’auteur est un être humain, il souffre de la même impuissance que tous les autres. L’auteur se donne certains objectifs, que ce soit des objectifs littéraires ou sociaux, ou politiques. Mais bien sûr, l’auteur n’est qu’un homme. Il offre ses idées, il offre ses personnages, et il espère que ce qu’il a offert fera faire réfléchir ses lecteurs. Mais on est conscient qu’on ne peut pas changer grand-chose. Mais il faut quand même faire l’effort.
Tout auteru de fiction ne s’inpire-t-il pas nécessairement du réel, tel qu’il le voit, le sent, le touche, le goûte, l’entend? Et la nature humaine, même, n’est ele pas une source inépuisable d’inspiration? (Flaubert: “Mme Bovary, c’est moi”).
(…) parce que pour moi, il n’y a rien de plus fantastique que la vie humaine. Nous sommes imprévisibles, contradictories, et c’est là que je vois toute notre beauté. Et en effet, quand j’écris un roman, je deviens mon personnage. Je comprends donc parfaitemente le sentiment de Flaubert. (…) Je crois que la difficulté vient du fait que na nature humaine est impossible à définir.
Alors l’idée de se connaître est très difficile. L’identité est un théme que j’explore souvent dans mes romans. Et plus j’écris, plus je vieillis, plus j’ai l’impression que la réponse à la question “qui suis-je?” devrait être: “Nous sommes”. Parce que l’identité individuelle est en fait multiple.
Neil Bissoondath.
La médiation et les dispositifs
•février 2, 2009 • Laisser un commentaireMERZEAU, Louise. Pensér la médiation. In: SPOIDEN, Stéphane. Régis Debray et la médiologie. Amsterdan/New York: Éditions Rodopi, 2007.
” La démarche médiologique est une pratique de l’enjambement. Étude de l’environnementm de l’intermédiation et de la transmission, elle récuse la coupure entre matière et esprit, pour insister sur l’irréductibilité des entre-deux. Elle rejoint en ce sens toute une penssée de la relation, que va de la sociologie des sciences à l’anthropologie cognitive en passant par les sciences de la communication. (…) Le sujet n’est plus le siège exclusif de l’action, mais un acteur qui partage ses attibuts avec des objets, des outils, des programmes.”
“L’individualisation de l’espace public – passage de la masse à un hyper-sujet – et le double impératif de normalisation et de personnalisation de l’information remettent en question la fonction même de médiation. “
” Se démarquant des approches instrumentales, où le medium est considéré comme ce qui s’interpose entre les sujets, il cherche à dégager les effets d’une causalité circulaire entre dispositifs et dispositions. (…) C’est sous cet angle que le travail de médiation se donne à voir pour ce qu’il est: un processus initerrompu de maintance, où l’évolution technique se négocie comme équilibre de gains et de pertes, également structurants pour la communauté.”
“Elle incite à créditer tantôt les acteurs, tantôt les dispositifs, d’une efficacité horizontale qui s’exercerait au coup para coup, dans le temps court de la communication. Or les médiations dispositives impliquent bien d’autres procédures, à lá fois matérielles et culturelles, dans le temps long de la trasmission. Pour l’apprécier, encore faut-il s’efforcer de circonscrire cette fonction – médio. Si elle n’est pas réductible au transport ou à la traduction d’une information, elle n’est en effet pas pour autant applicable à tout artefact social ou technique.”
“Pour qu’un support, un organisme ou une machine puissent être considérés pleinement comme des médiations, il ne suffit pas qu’ils aient un impact social ou une utilité d’identifier comme des fonctions d’inscription, d’organisation, de régulation et d’anticipation.”
” Plus qu’un système de signes, une médiation est un système de traces, qui informent l’espace et le temps avant d’articuler un sens. Les discours ne sont eux-mêmes opérants que par cette mise en ouvre d’objets disposés selon un arrangement efficace. (…) Dans tous ces dispositifs, le collectif se structure et prend corps sutor d’une certaine régularité territoriale et calendaire, inscrite dans des traces matérielles: asphalte, arche, autel, terrain de jeu, salle de classe…”
” Gestion des parcours et des priorités, distirbution des privilèges et des interdits, affectation des rôles et des hiérarchies: l’économie des traces est aussi une économie des statuts et des valeurs. (…) C’est que toute véritable médiation est en même temps technique et institutionnelle. (…) Reforçant l’autorité de leur émetteur, ou disqualifiant un parti opposé, les inscription entrent donc dans un jeu d’alliances et d’adversités qui confère à toute médiation une dimension potentiellement polémique.”
“Parce qu’ils affectent la cohésion du collectif, les corps conducteurs ne font pas seulement passer des informations: ils ont aussi un rôle de régulation, par où l’équilibre sociotechnique se renégocie en permanence. C’est cette fonction d’arbitrage que le recours à la notion de médiatisation tend trop souvent à dissimuler, en focalisant l’attention sur la seule puissance de diffusion.”
“Parce qu’ils transcendent les contigences individuelles d’énonciation, suppports et instituitions apportent au jeu des oppositions la garantie d’un cadre, d’une permanence et d’une règle où s’exercer. (…) Les dispositifs peuvent de fait Être interprétés comme les agents indispensables à la production de familiarité, de vraisemblance et d’unité propes à (ré)enchanter le monde qui nous entoure. (…) La régulation consiste alors en un accommodement réciproque de la conscience avec ses outils, où le rapport à l’autre trouve sa condition de possibilité. C’est par cet art de faire avec que l’espace médiationnel permet d’équilibrer tactiques et stratégies, arbitrages institutionnels et branconnages inventifs. Si les médiations servent à ces ajustements, elles ne s’épuisent pas dans le présent d’un bricolage environnemental.”
“(…) écrire, c’est toujours raturer, parce que la sélection des items à retenir appelle elle-même une technique d’effacement ou de recouvrement des traces.”
“Le courage de la vérité”, l’ultime leçon de Michel Foucault
•janvier 23, 2009 • Laisser un commentaireRoger-Pol Droit
Le Monde: Article paru dans l’édition du 23.01.09.
En parlant, il court contre la mort. Cette année 1984, ses cours du Collège de France n’ont pas commencé en janvier, comme d’habitude. “J’ai été malade, très malade”, indique Michel Foucault le 1er février en ouvrant son cours. Quand il clôt le cycle, fin mars, il a cette phrase : “Il est trop tard.”
En apparence, il signale juste que l’heure a tourné, qu’il faut renoncer aux développements préparés. Aujourd’hui, nous pouvons entendre la formule autrement. Ce sont les derniers mots adressés par le philosophe à son auditoire. Quelques semaines plus tard, il meurt du sida. Il avait 57 ans.
A-t-il délibérément organisé ces ultimes conférences comme un testament ? On peut le supposer. En tout cas, toute émotion mise à part, le texte est exceptionnel. Un quart de siècle après, cette parole impressionne encore. Par sa clarté incisive, par l’ampleur de son information. Par sa capacité, si rare, à faire surgir des paysages nouveaux au sein de textes connus.
Cette fois, la “vie philosophique”, rêvée et pratiquée par les Anciens, apparaît comme une matrice – lointaine, mais toujours active – de la vie militante et du désir de révolution qui anime les Modernes. Comment ? Cela demande explications.
Pour éclairer le long parcours qui conduit de la vie du philosophe antique, mise en ordre selon la vérité, à celle du révolutionnaire moderne, tendue vers la transformation de l’Histoire, Michel Foucault repart d’une notion grecque, déjà explorée par lui l’année précédente : la parrèsia.
Le terme désigne notamment le franc-parler de l’ami, le dire-vrai du confident, par opposition à la flatterie de l’hypocrite ou du courtisan. La parrèsia implique le courage de tout dire, au risque de déplaire, voire de fâcher. Cette franchise hardie, qui s’applique à la conduite de l’existence la plus intime, possède aussi une importante dimension politique : dire vrai sur soi-même, accepter aussi d’entendre ce qui n’est pas agréable, cela concerne aussi bien, pour les Grecs, le gouvernement de la communauté que celui de l’individu. Le sujet et la Cité se constituent donc en articulant de manière semblable exigence de vérité, pouvoir sur soi et pouvoir sur les autres.
Jusque-là, rien de vraiment neuf. En revanche, le cours devient inouï, et les analyses virtuoses, quand Foucault braque le projecteur sur les philosophes cyniques. L’adjectif, dans l’Antiquité, n’a rien à voir avec son sens courant actuel. Dérivé de kunos (“chien”, en grec ancien), il signifie “canin”. Les cyniques sont ceux qui – volontairement, exemplairement – vivent comme des chiens. Dormant à la dure, se dépouillant de tout artifice, mendiant leur pitance, ne respectant aucun usage de civilité, s’accouplant en public, invectivant les passants, ces philosophes ont fait scandale, plusieurs siècles durant.
Foucault s’intéresse à ce scandale, souvent négligé ou minimisé. Son intérêt ne tient pas simplement à sa fascination pour les “infâmes”, provocateurs ou rebelles. Il discerne, dans la réprobation que suscitent les cyniques, les termes d’une énigme à résoudre. Pourquoi donc les voit-on d’un si mauvais oeil, alors qu’ils prennent appui, somme toute, sur le tronc commun des ambitions philosophiques du monde antique ? Il faut insister, en effet, sur la banalité de ce que veulent les cyniques, dont le fonds doctrinal ne brille aucunement par son originalité. Au contraire, leurs objectifs sont des plus consensuels. Transformer son existence par la philosophie, s’occuper de soi pour y parvenir, délaisser en conséquence tout ce qui se révèle inutile, s’exercer à rendre sa vie conforme à ses pensées – tout le monde, en Grèce ou à Rome, s’accorde sur ces points. Que font donc les cyniques de si étrange, de si inacceptable, pour être rejetés dans l’opprobre tout en poursuivant des buts que tous les philosophes, en leur temps, partagent peu ou prou ?
Ils opèrent un passage à la limite. En poursuivant radicalement, jusqu’à son terme, le mouvement de la vie philosophique, ils en inversent le sens. Les cyniques montrent que la “vraie vie”, la vie selon la vérité, n’existe qu’au prix du saccage de moeurs qui nous égarent. Voilà l’exploit qui crée le scandale : faire entrer en conflit, aux yeux de tous, des principes unanimement partagés et leur mise en pratique. Avec les principes, nous sommes tous d’accord. Mais nous faisons l’inverse. Les cyniques exécutent, à la lettre, ce que nous approuvons, et c’est inacceptable. Sans rien changer aux buts habituels de la philosophie, ils font apparaître combien, pour les atteindre, il faut briser les règles et démonétiser les conventions sociales.
Dans l’histoire de l’Occident, c’est une mutation capitale. Du coup, en effet, la “vie philosophique”, la “vraie vie” (droite, parfaite, souveraine, vertueuse) se trouve transformée en “vie autre” (pauvre, sale, laide, déshonorée, humiliée, animale). Foucault met en lumière les multiples aspects de cette torsion promise à une postérité immense. Même la fonction souveraine du philosophe se trouve radicalement métamorphosée, au point de devenir grimaçante. Le cynique est bien le seul vrai roi, qui n’a besoin de rien ni de personne pour manifester son pouvoir. Mais ce roi est dérisoire – nu, sale et laid.
Sa fonction suprême ? Exercer le franc-parler envers le genre humain tout entier. Ce chien aboie, attaque et mord. En guerre contre l’humanité dans son ensemble au nom du dire-vrai (la parrèsia), il se bat contre soi aussi bien que contre tous les autres. Ce clochard cosmique invente ceci : rejoindre la vraie vie implique le chambardement du monde, la rupture radicale avec ce qui existe. Missionnaire de la vérité, le héros cynique oeuvre à l’avènement, à terme, d’un monde nouveau.
A partir de là, le programme à suivre se résumerait ainsi : étudier le passage de cet ascétisme cynique à l’ascétisme chrétien, suivre les continuités et les transformations de la “vraie vie” en “vie autre”, du “vrai monde” en “autre monde” depuis le Moyen Age chrétien jusqu’aux révolutionnaires et militants du XIXe siècle.
Dans le cas de Foucault, il était effectivement trop tard pour mettre en oeuvre un si vaste chantier. Mais il en donne, dans ce cours, mieux que la simple épure. C’est un vrai livre, foisonnant d’exemples, d’analyses, d’hypothèses, si débordant de vivacité et de vitalité que quelques lignes n’en donnent qu’une vue partielle. En fin de compte, ce qu’il y a de bien, avec l’intelligence, c’est qu’elle ne meurt pas si facilement. La preuve : elle court encore.
Le courage de la vérité
La gouvernement de soi et des autres II
Cours du Collège de France (1984) de Michel Foucault
Edition établie sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana par Frédéric Gros,
Seuil/Gallimard “Hautes études”, 334 p., 27 €.
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Clair de lune
•janvier 4, 2009 • Laisser un commentaireA Suite bergamasque (IPA: /’bɛʀgamask/) é uma famosa suíte para piano da autoria do compositor francês Claude Debussy, publicada em 1903.
É composta por quatro partes ou movimentos.
1. Prélude
2. Menuet
3. Clair de lune
4. Passepied
O terceiro movimento da Suite bergamasque é o mais conhecido, intitulado “Clair de lune”, luar em língua francesa, muitas vezes ouvido em filmes e programas de televisão. A dinâmica predominante é o pianíssimo e a tonalidade é Ré-bemol maior, com a excepção do climax em que a tonalidade é modulada para Mi maior.
Lettres d’amour et d’affaires
•décembre 2, 2008 • Laisser un commentaireCes 23 lettres ont été publiées pour la première fois à Turin en 1775. Elles sont rédigées dans un français tel qu’on en usait couramment dans les cours européennes au XVIII ème siècle.
“(…) Je risque tout, pour vous faire savoir que je suis perdue, si vous partez. Dites toujours que vous voulez partir, mais traînez l’affaire en long le plus que vous pourrez (…) Si cette lettre est assez heureuse de vous être rendue, vous apprendrez par la même voie ce qu’il faut faire, pour me conserver le bien d’être à vous. Faites, au nom de Dieu, tout ce que l’on vous marquera. Je sais que, tant que vous m’aimerez, on ne pourra nous séparer ; si vous le voulez vous-même, la mort me délivrera de la douleur de vous voir infidèle et parjure (…)
Albert Camus – L’Etranger
•novembre 19, 2008 • Laisser un commentaire“Tout refus de communiquer est une tentative de communication ; tout geste d’indifférence ou d’hostilité est appel déguisé”.
